Brésil: Dilma Rousseff officiellement destituée

Brésil: Dilma Rousseff officiellement destituée
AFP

BRASILIA | La présidente du Brésil Dilma Rousseff a été destituée mercredi par une majorité de plus des deux tiers requis des sénateurs pour maquillage des comptes publics, au terme d’une procédure juridico-politique hautement controversée.

Sur les 81 parlementaires, 61 ont voté pour la destitution de la dirigeante de gauche, élue en 2010 à la tête du plus grand pays d’Amérique latine, et qui sera remplacée dans la journée par son ancien vice-président, Michel

Le président de la Cour suprême (STF) Richard Lewandowski, qui dirige les débats, a commencé par lire le rapport résumant le procès, avant le vote électronique.

Les 81 sénateurs devaient répondre à la question : «Dilma Rousseff a-t-elle commis un crime de responsabilité?». Il en fallait 54 (les deux tiers) à voter «oui», pour l’écarter définitivement du pouvoir. Dans le cas contraire, elle aurait réintègrer immédiatement ses fonctions.

Dilma Rousseff fera une déclaration à la presse vers 13H00, après le vote qu’elle va suivre depuis sa résidence du palais de l’Alvorada en compagnie de son mentor, l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, a indiqué l’un de ses collaborateurs.

«Elle va bien, elle est tranquille», a assuré à l’AFP un conseiller de Mme Rousseff se trouvant à ses côtés.

Son ex vice-président Michel Temer, 75 ans, qui a précipité sa chute, prêtera serment dans la foulée lors d’une très brève cérémonie, avant de s’envoler vers la Chine pour participer à un sommet du G20, où il tentera de redorer le blason terni de la première économie d’Amérique latine.

«Le Brésil ne peut pas être absent de la réunion du G20», a souligné M. Temer au quotidien O Globo.

Tout aussi impopulaire que sa rivale, il exerce déjà la présidence à titre intérimaire depuis la suspension, le 12 mai par le Sénat, de la première femme élue, en 2010, à la tête du cinquième pays le plus peuplé de la planète.

Crise politique et économique

Englué depuis la réélection de Mme Rousseff fin 2014 dans une crise politique et économique de magnitudes historiques, sur fond de méga-scandale de corruption, le Brésil tourne ainsi la page de 13 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT, gauche) initiée en 2003 par Lula.

Une longue page d’histoire marquée par le «miracle» socio-économique des années 2000 qui a vu sortir 29 millions de Brésiliens de la misère, avant les affaires de corruption et un brutal retournement économique qui ont plongé le Brésil et Mme Rousseff vers l’abîme.

Les chiffres officiels publiés mercredi matin ont d’ailleurs montré que la récession s’installe au Brésil, avec un sixième trimestre consécutif de baisse du PIB.

Le verdict tombe au sixième jour d’un procès marathon, de dizaines d’heures de débats techniques et passionnés où le droit de la défense et la Constitution auront été scrupuleusement respectés sur la forme, sans forcément convaincre de la culpabilité de Mme Rousseff au plan strictement juridique.

Pour la défense de Mme Rousseff, tous ses prédécesseurs ont eu recours aux manoeuvres budgétaires incriminées sans avoir été inquiétés.

Baroud d’honneur 

Le vice-président avait porté un coup fatal à cette ex-guérillera de 68 ans torturée et emprisonnée sous la dictature (1964-1985) en poussant en mars son grand parti centriste, le PMDB à claquer la porte de sa coalition.

La démonstration de combativité administrée lundi par Dilma Rousseff, répondant pendant plus de 14 heures au feu roulant de questions des sénateurs avec calme et fermeté, n’aura été selon toute vraisemblance qu’un baroud d’honneur pour la postérité.

«Votez contre la destitution, votez pour la démocratie», avait-elle lancé aux sénateurs, dont plus de la moitié sont soupçonnés de corruption ou visés par une enquête.

Mme Rousseff avait martelé avec force avoir la «conscience tranquille de n’avoir commis aucun crime de responsabilité».

Le motif officiel de cette destitution annoncée? Le maquillage des comptes publics pour camoufler l’ampleur du déficit, via un tour de passe-passe faisant incomber certains frais à des banques publiques, et l’approbation de trois décrets engageant des dépenses sans le feu vert du Parlement.

Mais en réalité, Dilma Rousseff est attaquée «pour avoir osé remporter une élection qui contrariait les intérêts de ceux qui voulaient changer le cap du pays et ne pas avoir empêché la poursuite des enquêtes sur la corruption au Brésil», a dénoncé mardi son avocat, l’ex-ministre de la Justice José Eduardo Cardozo.

L’avocate de l’accusation Janaina Paschoal a au contraire préconisé la destitution comme «remède constitutionnel auquel nous devons recourir quand la situation devient particulièrement grave».

 

AFP

JDM

Sabrina Lallemand
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