l’Algérie est en danger, pour survivre, elle doit définir sa véritable identité

l’Algérie est en danger, pour survivre, elle doit définir sa véritable identité
Ferhat Mehenni, chanteur algérien

On peut leur construire des routes pour qu’ils circulent plus vite, des logements pour les abriter, des subventions pour leur faciliter la vie, mais tant que les algériens n’ont pas une identité collective, claire, le pays vivra, indéfiniment, des crises cycliques qui viendront freiner sa croissance.

Il est inimaginable qu’un individu puisse s’épanouir sainement, sans savoir s’il est un homme ou une femme, et il ne pourra jamais trouver l’équilibre mental, sans avoir un sentiment d’appartenance fort à une famille, une communauté, ou une patrie. L’identité d’un individu commence à se forger dès la naissance, et peut-être même dès la conception. Sa remise en cause après son édification peut avoir des conséquences dramatiques.

Erik Erikson conçoit l’identité comme une sorte de sentiment d’harmonie : l’identité de l’individu est le « sentiment subjectif et tonique d’une unité personnelle et d’une continuité temporelle ».

Il en est de même pour un pays qui n’a pas su modeler son identité collective, selon l’histoire de son peuple, et ses composantes réelles. La définition d’une identité collective répond au besoin de défendre des valeurs fortes, d’élaborer un projet d’existence commun, et d’être reconnu dans l’espace social. 

Quand un amazigh apprend à l’âge adulte qu’il s’est trompé d’identité, et qu’il n’est pas ce qu’il croit être, son harmonie est rompue de façon brutale, et un pays ne peut se construire avec des individus qui vivent une crise identitaire profonde.

L’Algérie ne peut être définie comme étant, uniquement un pays arabe

Dire aujourd’hui que l’Algérie n’est pas arabe serait un mensonge, mais dire que ce pays est arabe est tout aussi irréaliste. L’histoire millénaire de notre peuple ne ressemble à aucune autre, et elle ne peut être réduite à un discours officiel, destinée à tisser des alliances avec des pays qui ne nous reconnaisse que très rarement le statut de pays arabe.

Les amazighs sont fiers de leur appartenance à ce grand pays qu’est l’Algérie, mais quand ils voient leur pays représenter les pays arabes dans les compétitions internationales, ils se demandent s’ils ont encore leur place dans cette nation.

Une arabisation anarchique et forcée

Kateb Yacine disait, et à juste titre : “Si je suis arabe, pourquoi m’arabiser, et si je ne suis pas arabe, pourquoi m’arabiser ? ”.

Toute la question est merveilleusement résumée dans cette citation. En effet, quel est l’intérêt de forcer un individu à croire qu’il est, ce qu’il n’est pas ?

J’ai personnellement vécu dans un quartier où la communauté palestinienne était très présente. Ils ont été implantés dans le paysage selon une stratégie qui avait pour objectif d’arabiser la population locale. Tous ces réfugiés, sans exception, étaient systématiquement intégrés dans le système éducatif algérien. Tous les palestiniens qui arrivaient au pays à l’époque accédaient à des postes d’enseignants sans égards à leurs compétences. Il suffisait d’être originaire d’un pays arabe. C’est ainsi qu’on a aussi vu arriver des égyptiens, des irakiens.

Le mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) gagne du terrain

Ce mouvement qui prône la création d’un gouvernement Kabyle n’est pas tombé du ciel. Il est né suite à des dizaines d’années d’oppression de la culture amazigh en Algérie. Sous la direction Ferhat Mehenni qui est le président autoproclamé du MAK, cette organisation est en train de gagner du terrain.

Cet homme a compris que l’Algérie est dans le collimateur de plusieurs puissances étrangères et il n’hésite pas à jouer avec le feu. Il se rapproche de tous les partis politiques qui ont la même vocation séparatiste que lui, comme le Pari Québecois (PQ) au Canada, ou encore les états colonialistes, comme « Israel ».

Le gouvernement a compris, bien tard, à quel point ce genre d’individus peuvent gagner en crédibilité à cause du vide identitaire qui paralyse l’Algérie.

Les kabyles ne veulent pas, et ne vont pas se séparer de l’Algérie

Les kabyles ne veulent pas établir des frontières, ils veulent exister, pleinement, dans le pays de leurs ancêtres. Celui qui pense qu’ils sont prêts à se séparer du reste du territoire se trompe, mais il ne faut pas croire qu’un individu qui voit son identité réprimée, ignorée, pourra résister longtemps à la tentation, surtout que la pression sociale et économique vient aggraver cette sensation d’étouffement.

Des avancées encourageantes, mais insuffisantes 

L’officialisation de Tamazight est une belle avancée pour la culture algérienne, mais il faudrait joindre le geste à la parole, en mettant en place des stratégies sérieuses pour redonner une place honorable à la langue de nos ancêtres. Cette démarche doit relever d’une réelle volonté de la faire revivre dans la société algérienne, et non d’une manoeuvre politique destinée à freiner la progression des courants extrémistes comme le MAK.

L’exemple canadien 

J’ai eu le plaisir d’assister à au spectacle Samaya à Montréal il y a deux jours comme je l’ai rapporté dans un autre article. À part la prestation de la petite Dyhia, ce qui m’a impressionné c’est l’importance donnée au bilinguisme dans ce pays. L’animatrice du spectacle s’est exprimée dans les deux langues par respect aux deux communautés, anglophone et francophone. Avec un tel comportement, il n’y a aucune place à la frustration, même si les francophones sont largement minoritaires au pays.

Du simple vendeur au Mc Donald au Premier ministre, il faut savoir s’exprimer dans les deux langues si l’on veut travailler, surtout au Québec.

 

 

 

Karim Arhab
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