Détention d’enfants dans des zones de conflit : Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme

Détention d’enfants dans des zones de conflit : Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme

Des milliers d’enfants dans des pays touchés par des conflits sont détenus sans chef d’accusation pendant des mois, voire des années, car considérés comme des menaces à la sécurité nationale, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié e jeudi.

Un nombre incalculable d’entre eux ont été torturés ou sont morts en détention. « Les gouvernements devraient cesser immédiatement de détenir des enfants sans chef d’accusation et punir comme il se doit les personnes qui les maltraitent », lit-on dans ce rapport, de 35 pages intitulé « Extreme Measures: Abuses against Children Detained as National Security Threats » (« Des mesures extrêmes : Abus à l’encontre d’enfants détenus en tant que menaces à la sécurité nationale »).

Un rapport qui fait état de l’arrestation et de la détention d’enfants pour des allégations d’association à des groupes armés non étatiques ou d’implication dans des infractions liées aux conflits.

Les lois de contre-terrorisme trop larges et vagues adoptées en réponse aux groupes extrémistes tels que l’État islamique et Boko Haram ont augmenté la détention d’enfants considérés comme des menaces à la sécurité.

HRW a examiné en particulier la détention et le traitement des enfants en Afghanistan, en République démocratique du Congo, en Irak, en Israël/Palestine, au Nigeria et en Syrie.

« Les gouvernements bafouent les droits des enfants en apportant une réponse inadaptée et contre-productive à la violence liée aux conflits », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch.

Le rapport repose sur les entretiens de dizaines d’anciens détenus, y compris des enfants, réalisés par Human Rights Watch dans les six pays mentionnés, sur des rapports des Nations Unies et sur d’autres sources secondaires.

Les recherches de HRW sur le terrain ont révélé qu’outre des enfants arrêtés pour des infractions criminelles réelles, nombre d’enfants sont embarqués lors d’arrestations massives ou arrêtés sur la base de preuves légères, de soupçons sans fondement ou d’allégations d’activité terroriste par des membres de la famille. Certains enfants, dont des bébés, sont détenus suite à l’arrestation de leur mère soupçonnée d’infractions liées à la sécurité.

Les forces de sécurité ont torturé des enfants et les ont traités de manière cruelle, inhumaine et dégradante afin d’arracher des aveux, d’extraire des renseignements ou pour punition.

Des enfants précédemment détenus ont indiqué avoir été battus, violés, avoir reçu des décharges électriques, avoir été forcés à rester dans des positions contraignantes prolongées et à se mettre nu, ainsi que menacés d’être exécutés.

Dans des pays comme l’Afghanistan, l’Irak, le Nigéria, la Somalie et la Syrie, les autorités peuvent détenir des centaines d’enfants à tout moment pour des allégations d’infractions liées aux conflits.

La plupart d’entre eux n’ont le droit de parler ni à un avocat ni à leurs proches, ou n’ont pas la possibilité de faire appel devant un juge. Ils sont souvent détenus dans des conditions déplorables et confinés dans des cellules bondées, avec des adultes, et reçoivent une alimentation et des soins médicaux largement inadéquats.

Dans divers pays du monde, des mineurs sont en détention sous prétexte qu’ils constituent une menace à la sécurité nationale. Pour visionner des photos illustrant ce phénomène, veuillez cliquer sur le lien ci-dessus à droite.

Au Nigéria et en Syrie, un nombre incalculable d’enfants sont morts en détention d’inanition, de déshydratation, suite à un manque de soins médicaux ou à des actes de torture. En Afghanistan, les forces de sécurité torturent des enfants plus souvent que des adultes, d’après les entretiens menés par les Nations Unies.

Il arrive également que les forces de sécurité détiennent des enfants au motif de l’activité supposée des membres de leur famille, sans aucune preuve qu’ils aient eux-mêmes mal agi. En Irak par exemple, les forces de sécurité ont détenu des filles et des garçons et usé de tortures pour obtenir par force des informations impliquant des membres de leur famille dans des actes terroristes.

Un nombre croissant de pays ont introduit ou modifié des lois offrant aux autorités une plus grande liberté de détention des personnes, y compris des enfants, considérées comme des menaces à la sécurité. Ces lois accroissent les périodes de détention, permettent une détention indéfinie à des fins punitives et étendent le ressort des tribunaux militaires.

Par exemple, chaque année, Israël poursuit en justice des centaines d’enfants palestiniens dans des tribunaux militaires pour des infractions liées à la sécurité, principalement le lancer de pierres sur des soldats israéliens, sans les mesures de protection juridiques pour mineurs requises par le droit international.

Des centaines d’enfants palestiniens ont déclaré avoir subi de mauvais traitements par les forces de sécurité israéliennes au cours de l’arrestation, de la garde à vue et de la détention, notamment des coups de pied, des coups de poing et d’autres violences physiques.

Dans son dernier rapport annuel sur les enfants et les conflits armés, qui sera débattu par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 2 août 2016, le Secrétaire général Ban Ki-moon a exhorté les pays membres des Nations Unies à mettre rapidement en place des alternatives à la détention et à la poursuite en justice des enfants qui ont été associés à des groupes armés ou qui se sont engagés dans un extrémisme violent.

Dans les cas où les enfants sont accusés d’une infraction criminelle valide, ils devraient être traités conformément aux normes internationales de justice pour les mineurs, qui privilégient d’autres solutions que la détention et donnent la priorité à la réadaptation et à la réintégration sociale de l’enfant.

« L’aliénation ressentie par les enfants attirés par des groupes militants ne sera qu’aggravée par la torture et les autres abus subis aux mains des autorités », a ajouté Jo Becker. « La détention des enfants n’est pas la bonne solution pour les dissuader de s’impliquer dans de nouveaux actes de violence. »

 

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